Jeanneke s’incruste au Focus sur les couilles

Le 4 février, Jeanneke Paper s’est incrusté dans la conférence “Focus sur les couilles” d’Oyes… avec un nom pareil, on DEVAIT être là. Focus sur les couilles n’est ni une conférence sur le porno, ni sur la virilité (bien que ?), mais bien sur la contraception masculine. 

Alors, 3 heures de conférence sur la contraception masculine, on te résume ça ! 

En Belgique, 33% des hommes déclarent utiliser un moyen de contraception (reminder: le préservatif en est un) contre 68% des femmes, et une femme sur 2 se dit seule à décider de la contraception pour son couple.  

Alors comment expliquer ce déséquilibre ?  

On peut commencer par aller voir du côté des moyens de contraceptions masculines disponibles : 

  • Il y le préservatif, souvent abandonné dans les relations stables. 
  • La vasectomie, mais pas de retour en arrière possible. Il est également important de rappeler que la vasectomie n’a RIEN d’une castration. La castration implique l’ablation des testicules dont résulte une modification de l’activité hormonale et du comportement sexuel, ce qui n’est pas du tout le cas de la vasectomie. 
  • Les méthodes thermiques, clairement pas assez connues, on en parle plus tard dans cet article.  

Premier constat, il n’y a pas grand-chose comparé à la contraception féminine qui comprend le préservatif interne, la pilule, le stérilet en cuivre ou hormonal, l’implant, l’anneau, le patch, les injections, le diaphragme, la ligature des trompes…. Non sans conséquences, mais ça ce sera pour un prochain article. 

On peut s’attarder sur l’indice de Pearl de ces contraceptions masculines. L’indice Pearl est l’indice d’efficacité contraceptive. Il correspond au nombre de grossesses observées pour 100 femmes utilisant une certaine contraception pendant un an, donc plus il est élevé, moins c’est efficace. On distingue l’efficacité théorique, et donc optimale, de la réelle, qui se confronte aux aléas du quotidien, comme l’oubli d’une pilule ou un préservatif qui se rompt. 

  • L’indice de Pearl théorique des préservatifs est d’environ 5%, le réel est de 10 à 15%, avec un taux de rupture de 0 à 6,7% c’est également le seul moyen de contraception masculine qui protège des IST. 
  •  L’indice de Pearl de la vasectomie est de 0,15 %. La vasectomie est une simple opération sous anesthésie locale, sans hospitalisation, avec peu d’effets secondaires. Il n’y a pas changement libido, pas de déséquilibres hormonaux, de changement de poids ou d’appétit. Elle est efficace 3 mois après l’opération.  
  • L’indice de Pearl théoriques des méthodes thermiques est de moins d’1%. 

Et pour celleux qui penseraient que le retrait est un moyen de contraception, son indice de Pearl théorique est de 4%, et le réel… de 27%. Puisqu’il y a des spermatozoïdes dans le liquide pré-séminal, donc pré-éjaculatoire, il suffit d’un spermatozoïde assez motivé et il peut y avoir une grossesse, même s’il y a eu retrait. À ce taux-là, on ne peut pas vraiment appeler le retrait une méthode de contraception.  

slip pour contraception thermique

Depuis le début de l’article, je sais que tu meurs d’envie de savoir ce que sont les méthodes thermiques. Il s’agit d’augmenter, de 2 degrés environ, la température des testicules afin de diminuer la production de spermatozoïdes. Il existe des slips et “jock-straps” à cet effet, qui remonte les testicules, mais également l’anneau thermique de slowcontraception, présenté par Maxime Labrit.  

jock-straps de Garcon.link

Les méthodes thermiques sont efficaces après 3 mois, le temps que les spermatozoïdes deviennent matures, ce qu’on appelle le cycle de la spermatogenèse. Il faut faire des spermogrammes – analyse de son sperme – régulièrement, histoire d’être sûr d’être bien contracepté. C’est une contraception naturelle et il n’y a pas d’effet secondaire, isn’t it wonderful ?  


Néanmoins, il n’y a pas de quoi sauter au plafond en voyant le nombre de contraceptions masculines disponibles. Il y a un clair désintérêt de l’industrie pharmaceutique et de la médecine. Il y a également des tests sur les “vasectomies réversibles”, où on injecte un gel dans les canaux déférents, ou encore en mettant des clamps, qui empêchent les spermatozoïdes de se mélanger au liquide séminal, mais elles ne sont pas encore disponibles.  

Le peu d’intérêt pour d’autres moyens de contraception est parfois vite balayé. Des essais cliniques ont été mené pour des contraceptions hormonales, plus précisément des injections hebdomadaires ou encore pour des pilules. Comme pour tous types de nouvelle contraception, les effets au long terme restent inconnus. Malheureusement, les essais cliniques ont été stoppés, il y avait des effets secondaires tels que l’acné, des sautes d’humeurs, prise de poids, altération de la libido, dépression… ça vous dit quelque chose ? On appelle ça un biais de genre. Ces effets secondaires sont acceptables pour les femmes, mais pas pour les hommes.  
 

Un autre élément intéressant est de se demander qui est le.la médecin qui est en charge de la contraception masculine ? Les médecins généralistes ? Les urologues ? Les andrologues ? Qui est formé.e aux contraceptions masculines ? Pourtant, ce sont aussi les informations données aux patient.e.s qui permettent à chacun.e de faire un choix éclairé sur la contraception qu’iel souhaite adoptée ou non. Une étude comparative entre les prescripteurs.trices français.es et anglais.es démontre que leur recommandations diffèrent en fonction du contexte nationale, comme l’encadrement des formations, ou encore l’information donnée aux patient.e.s. Résultat: En France, 15% des femmes entre 15 et 49 ans déclarent bénéficier de méthodes de contraceptions masculines (préservatifs, vasectomie et retrait) alors qu’au Royaume-Uni, elles sont 54%. 

OK mais pourquoi s’y collé alors que les femmes le font déjà ? 

La contraception est un travail invisibilisé et naturalisé. Slow down, qu’est-ce que ça veut dire ? La contraception ça prend du TEMPS et de l’ARGENT. Il y a l’obligation d’un suivi médical, donc tu dois prendre le temps d’aller chez un.e médecin, en sachant que chez certain.e.s gynécos il faut parfois s’y prendre des mois à l’avance, prendre congé s’il le faut, payer ce médecin, aller à la pharmacie chercher ou commander ta contraception, la payer, ou alors reprendre rendez-vous chez le.la médecin si c’est lui.elle qui s’en charge, et repayer. Si c’est une contraception qui n’est pas définitive, tu ne dois pas oublier de la prendre, de l’enlever, de la mettre, en fonction du mode de contraception. Bref, tu l’as compris, c’est une charge mentale, de temps et financière.  Ensuite, La contraception est une responsabilité. Depuis l’apparition de la contraception féminine, cette responsabilité est incombée par défaut aux femmes. Pour exemple, voici un extrait d’une interview (problématique à bien des égards) menée par Fanny Deschamps qui date des années 60: 

“Il y a dix ans, quand je faisais l’amour avec une mineure, c’était à moi de penser à ce que cette pauvre créature n’attrape pas d’enfant, elle n’était pas du tout dans la course. Tandis que maintenant ! … Ma femme en sait dix fois plus que moi sur ce sujet et quand je fais l’a­mour ailleurs, ce problème de ne pas avoir d’enfant, je n’y pense même plus. Je me dis que la personne qui est avec moi s’est débrouillée, ou alors qu’elle va m’avertir. Enfin, bref, moi, si on ne m’y fait pas penser, je n’y pense plus.” 

Voilà, voilà.  

Un argument récurrent est que les hommes ne seraient pas assez responsables, et qu’on ne peut pas leur faire confiance… Les stéréotypes ont la peau dure, et ils participent activement aux désinvestissements des hommes de la responsabilité contraceptive. La contraception est influencée par les rapports sociaux, et la socialisation des femmes et des hommes en matière de sexualité est encore bien différente. Les hommes sont appelés à avoir un rôle de performance, sans leur adresser les questions de contraception. Il faut également dire que la contraception nécessite une certaine connaissance de son propre corps, et nécessite évidemment la reconnaissance de sa responsabilité dans les risques de grossesse. Donner accès à la contraception aux hommes, c’est la possibilité de réduire du nombre de grossesses non désirées et d’avortements. 70% des femmes ayant recours à un avortement étaient sous contraceptifs. Comme nous l’avons déjà évoqué, l’indice de Pearl a une efficacité théorique qui se heurte à la vie quotidienne et aux éventuels oublis etc.  Le fait que les deux partenaires soient sous contraception permettrait de diminuer ces grossesses non-désirées. C’est également la possibilité de diminuer les risques liés aux effets secondaires subis par les femmes. Pour les femmes qui ne supportent pas ou plus leur contraception, ou qui ne veulent plus prendre d’hormones, la contraception masculine est un réel changement de vie. Il faut dire que la prise d’hormones peut provoquer des saignements hors des règles, des maux de tête, des troubles de l’humeur, augmenter les risques de dépression, les risques cardio-vasculaires, ou encore de kystes ovariens.  

Pourtant, lors de cette conférence, il n’y avait que 20% d’hommes présents. Le chemin est encore long avant de voir une majorité d’hommes prendre les devants, mais pour arriver à ce résultat, il faut investir dans l’éducation à la vie relationnelle affective et sexuelle (EVRAS) et dans la formation des professionnel.le.s. Cet investissement permettrait d’ouvrir le dialogue sur la contraception masculine, et donc de questionner les rôles de genre, de ce qui peut être considéré, ou non, comme un signe de virilité. Permettrait aux hommes de contrôler plus efficacement leur fertilité, c’est s’impliquer dans le partage de la charge mentale et des frais de la contraception. C’est également se réapproprier son corps et sa responsabilité dans la grossesse. Alors, convaincu ? 


Pour rester informer, on te conseille de suivre sur Instagram:
Oyes qui a organisé la conférence
Femmesprod où travaille Sophie Hunstinx qui a participé à notre vidéo
Slowcontraception qui commercialise l’anneau thermique dont parle Maxime Labrit
Jeneveuxplusdecookies qui teste depuis peu l’anneau
Et… tes jeanneke préférées!


/!\ Cet article est hétérocentré pour pouvoir aborder la contraception ainsi que les stéréotypes de genre. L’article utilise également les mots “femmes” pour désigner toute personne possédant un utérus et/ou un vagin, et hommes pour les personnes possédant un pénis et/ou des testicules. Il est important de garder à l’esprit que toute femme ne possède pas utérus ou un vagin, ainsi que toute personne possédant un vagin ou un utérus ne se définit pas comme étant une femme, il en est de même pour les hommes ou personnes possédant un pénis et/ou des testicules. 

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