Le racisme anti-blanc et le chaudron magique

Petite devinette:
Quelle est le point commun entre le racisme anti-blanc et un chaudron magique?

N’en déplaise à certain.e.s, aucun des deux n’existe.

Avant de vous armez de vos fourches et de vos torches, laissez-moi vous expliquer. Avant toute chose, il est utile de rappeler que la race au sens biologique du terme n’existe pas. Nous allons néanmoins revoir un minimum l’histoire de ce concept.

Petit rappel historique

À partir du 15e siècle, les expéditions européennes vont se multiplier, menant vers d’autres continents, et par conséquent, vers d’autres populations. On commença donc à « classifier » l’espèce humaine. Au siècle des lumières – début des dictionnaires, encyclopédie, etc. – Le naturaliste Carl Von Linné, après avoir classé des plantes et des animaux, fait de même avec les humains:

Europaeusalbus: « ingénieux, élégant,inventif, blanc, sanguin, gouverné par les lois»
Americanisluridus: « tenace, content de son sort, aimant la liberté, basané, irascible,gouverné par la coutume »
Asiaticusluridus:« arrogant, avare, jaunâtre, mélancolique,gouverné par l’opinion »
Aferniger: « rusé,paresseux, négligent, noir, flegmatique,gouverné par le caprice »

Si vous aviez encore un doute, cette classification joue bien un rôle majeur. Elle va permettre de justifier l’esclavagisme. Puisqu’on a établi que les autres étaient des êtres inférieurs, il n’y a plus de problèmes à les exploiter, tout en restant – les blanc.he.s – le peuple civilisé, la race supérieure.

La génétique, et particulièrement le séquençage du génome humain dans les années 2000, viendra clore le débat en prouvant qu’il n’existe pas de différence génétiquement parlant, et que donc la classification et la hiérarchisation n’a pas lieu d’être.

Même si les races n’existent pas, la construction sociale autour de ce concept a évidemment impacté la construction et le fonctionnement de nos sociétés pendant des siècles, dont on peut encore aujourd’hui ressentir les effets.

Alors le racisme, c’est quoi aujourd’hui ?

Le racisme s’articule autour de 2 sortes de discriminations en rapport avec la prétendu race, couleur de peau, nationalité, ascendance ou origine nationale ou ethnique:

Une est dite individuelle – ou interindividuelle -. Elle comprend le harcèlement, l’intimidation, discours de haine, l’incitation à la haine ou à la violence, la violence en elle-même,… C’est la partie la plus visible du racisme, c’est donc ce à quoi on pense le plus souvent lorsqu’on parle de racisme.

L’autre est dite structurelle. Les inégalités prennent leur source dans l’organisation-même de la société. Un rapport de domination s’est créé, scindant la société entre le groupe dominant, qui se pense « neutre », et les dominés. Nous aborderons plus longuement les mécanismes du racisme dans un autre article, mais nous venons de voir la base.

Peut-on être victime de discrimination individuelle en tant que blanc.he ? Oui.
Peut-on être victime de discrimination structurelle en tant que blanc.he ? Non.

Le but n’est pas de minimiser l’impact de la discrimination individuelle sur une personne blanche, mais sans discrimination structurelle, on ne peut appeler ça du racisme puisque les deux sortes de discriminations doivent être vécues.

Être victime de racisme est une expérience de vie quotidienne. Pour preuve, nous pouvons parler du privilège* blanc. Ne pas se poser la question de l’impact de notre couleur de peau lors d’un refus de job ou de logement, pouvoir allumer la télévision et voir majoritairement des personnes de notre couleur, que notre couleur de peau soit représentée en masse dans les hiérarchies, dans les parlements, ce sont des privilèges de personnes blanches.

Tout ça nous parait normal, d’ailleurs nous n’y pensons même pas, n’est-ce pas ?

C’est aussi ça le privilège blanc, ne pas devoir penser à sa couleur de peau, ne pas se demander si on va manquer des occasions à cause d’elle, si les autres auront un regard différent sur nous, si on risque de véhiculer tel ou tel stéréotype en faisant certaines actions. Le mot privilège peut être débattu. Est-ce un privilège de ne pas être discriminé.e ? C’est plutôt un droit fondamental, et pourtant il n’est pas donner à tout le monde.

Faire partie du groupe dominant, c’est pouvoir imposer ce que nous considérons comme étant la norme. C’est ne jamais être invisibilisé.e. C’est avoir ne serait-ce que la possibilité de se retrouver en majorité – une personne blanche qui se trouverait en minorité dans une citée peut prendre le métro et quelques arrêts plus loin se retrouver en majorité -.

Ne soyez donc pas dupe, le concept de racisme anti-blanc est un mythe qui a un but: invisibiliser le vrai racisme. Considérer que le racisme se limite aux discriminations individuelles, c’est mettre sous le tapis les discriminations structurelles. Le but étant d’éviter de questionner le fonctionnement de notre société afin de faire perdurer le rapport de domination existant.

En attendant les prochains articles, je vous recommande vivement les podcasts Sans Blanc de Rien disponible sur Spotify, Google podcasts et Apple podcasts:

Le projet consiste en une série fictionnelle de podcasts dans lesquels se retrouvent une analyse des mécanismes qui gardent le racisme invisible à l’œil nu et une réflexion sur les solutions qu’on peut y apporter. Les études concernant la blanchité, l’hégémonie blanche, la colonisation et le racisme structurel dans un contexte belge y sont étayé.

©SansBlancdeRien

*Être privilégié.e ne signifie pas ne jamais être en galère, ne jamais être dans la précarité ou ne jamais avoir de problèmes de santé. Néanmoins, les personnes privilégiées ne seront jamais confronté.e.s à certaines situations et discriminations.


NB:

Dans cet article, nous parlons bien de la race en tant que construction sociale. On peut se poser la question de la pertinence de la dénomination de personnes racisées pour parler des personnes non-blanches: pourquoi serait-ce elles les racisées ? Les blanc.he.s échapperaient-iels au concept qu’iels font partie d’une race socialement construite ?
Nous nous permettons d’utiliser cette distinction entre blanc.he.s et racisé.e.s pour deux raisons: il est important de pouvoir nommer les personnes victimes de racisme afin de ne pas les invisibiliser et de pouvoir lutter contre les discriminations qu’elles vivent. Ensuite, les personnes concernées se sont réappropriées ce terme, légitimant sont utilisation.


Article rédigé par Estelle N.

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