« Mon nom est clitoris » LOUDER FOR THE PEOPLE IN THE BACK

© Mon nom est clitoris

As-tu déjà entendu parler du clitoris ? Dans tes cours de biologie, peut-être ? Ou durant des cours d’éducation sexuelle ? Parce que moi non. Oublié de l’Histoire, découvert, re-découvert, diabolisé, martyrisé, celui qui n’est jamais dessiné sur les bancs de l’école est mis sous les projecteurs de Daphné Leblond et Lisa Billuart Monet, dans un documentaire ludique et intimiste.

Le documentaire met en scène plusieurs femmes dans leurs propres chambres, ce qui nous donne immédiatement l’impression d’être à une pyjama party entre copines. Daphné Leblon et Lise Billuart Monet sont elles aussi présentes devant la caméra, puisqu’on les voit intervenir et poser des questions aux participantes.

Cette ambiance cosy et propice aux confidences nous ferait presque oublier qu’on se trouve en réalité dans une salle de cinéma.

Au fur et à mesure des interventions, des témoignages, des réflexions, « Mon nom est clitoris » ouvre la boîte de Pandore de la vie sexuelle des jeunes femmes d’aujourd’hui. Et c’est un euphémisme de dire que la sexualité des femmes – et surtout leur plaisir – est tombé aux oubliettes.

11cm, aussi grand qu’un pénis, mesdames !

Le clitoris, organe uniquement dédié au plaisir, pouvant atteindre 11cm de long (oui, ça m’a marqué) a longtemps suscité la polémique. Chaudement recommandé du temps d’Hippocrate, il ne résiste pas à l’obscurantisme de l’église durant le moyen-âge. S’en suit une série de découvertes et de redécouvertes par les scientifiques. Encore aujourd’hui, très peu de manuels scolaires identifient le clitoris comme un organe faisant partie du sexe féminin !

(Si vous voulez en savoir plus sur le clitoris, je vous conseille cette petite vidéo de 3min17 !)

Il était une fois la virginité

AKA le mythe de l’hymen qui se déchire violemment à en couvrir les draps du sang de notre pureté sous les coups puissants d’un pénis conquérant.

Si vous avez hurlé ou failli renverser votre bol de céréales en lisant cette phrase, soyons ami.e.s !

Nos rapports à la virginité sont complexes, souvent plus culturels que biologiques. First of all, l’hymen ne se perce pas. Il se détend. Ensuite, il est loin d’être une preuve de virginité. Des femmes naissent sans, certaines le détendent dans beaucoup d’autres circonstances qu’en étant pénétrées par un sexe masculin. On peut le détendre en faisant du cheval, ou en roulant à vélo. Que dire donc d’une selle de vélo qui ose ainsi voler la pureté d’une demoiselle qui souhaitait simplement aller acheter du pain à la boulangerie du coin ? (On dira sûrement que la demoiselle a provoqué la selle, n’est-ce pas).

L’absurdité même de l’expression « perdre sa virginité » est mis en avant par un des témoignages du documentaire. La femme est dépossédée de l’acte sexuel en lui-même, considérée comme un terrain à conquérir. Un terrain qui perdrait sa valeur une fois conquis. Bullshit, right ?

Not a good enough reason to use the word penetrate

Le documentaire soulève une thématique particulièrement problématique dans notre vision actuelle de la sexualité. Pour beaucoup, même parfois le corps médical, une relation sexuelle n’en est une que s’il y a eu pénétration – de la femme of course. En réalité, il y a mille façons d’avoir des relations sexuelles, et il faut clairement manquer d’imagination pour penser que la pénétration y est centrale. Deux femmes ensemble n’auraient donc pas de relations sexuelles sous prétexte qu’aucune n’a de pénis ? *Eye-rolling*

Les femmes n’auraient donc besoin de personne pour se faire plaisir ? Eh non.

La masturbation est, dans l’imaginaire collectif, uniquement réservé aux hommes, la masturbation féminine étant vue comme inutile voire sale. Les femmes la pratiquant sont hypersexualisées, comme s’il était anormal pour elles de vouloir s’octroyer du plaisir sans partenaire.

Puisque personne ne parle de masturbation féminine, les femmes découvrent souvent leur capacité à se faire plaisir grâce à de heureux hasards, comme un pommeau de douche bien placé, un frottement de jeans ou un coussin moelleux.

Dis, maman, c’est quoi ta position préférée ?

Parler sexualité avec ses enfants peut être compliqué, c’est même un sujet tabou dans beaucoup de familles. Le documentaire illustre bien, à travers ses témoignages, à quel point l’éducation a des conséquences sur la façon dont on envisage la sexualité une fois adulte. La sexualité est un petit secret que chacun garde pour soi, l’éléphant dans la pièce. Bien que l’on découvre notre sexualité enfant, cette découverte s’accompagne souvent de gêne et de honte.

Pourtant, parler avec ses enfants de sexualité peut être tout à fait faisable. Bon, n’essayez pas de chercher des tuyaux sur internet, parce que je l’ai fait pour cet article, et j’ai été assez surprise du nombre de catégories sur l’inceste présentes sur les sites porno. Allez plutôt à la bibliothèque. Héhé.

Je me rappelle que ma mère, qui était assez ouverte sur le sujet, avait pour habitude de répondre à mes questions en me dessinant des schémas. Elle me dessinait un utérus, un vagin, en m’expliquant à quoi servait ceci, ou cela. Et lorsque j’ai commencé à m’inquiéter de devoir mettre un tampon et de le perdre dans les méandres de mes organes internes, elle m’a fait un schéma grandeur nature de tout mon bazar, en replaçant ledit tampon dessus et en le comparant même avec la taille d’un pénis.

Et si t’es pas un as en dessin, tu peux toujours montrer le documentaire « Mon nom est clitoris » à tes gosses !

Beaucoup d’autres sujets tout aussi importants sont abordés dans le documentaire, comme le consentement, le rapport à la pornographie, le vaginisme, la grossophobie, l’hypersexualisation des femmes racisées, etc. Alors, n’attends plus pour aller le voir !

Petit bonus

Aborder le sujet de la sexualité des femmes est nécessaire et on ne peut que se réjouir d’un documentaire entièrement dédié à notre poto le clitoris. Je suis la dernière personne à m’écrier « Et les hommes alors ??? » dès que l’on se préoccupe un tant soit peu de problématiques liées aux femmes. Aussi, peut-être m’accorderas-tu cette petite réflexion ?

Le manque de prise de parole publique sur la sexualité féminine a sûrement créé la nécessité pour les femmes de créer des espaces safe, de parler de leur sexualité et de leur plaisir. Dans tous mes groupes d’amies, nous en parlons très souvent, avec plus ou moins de détails. On compare, on découvre, on se refile les trucs et astuces.

Alors, certes, la société parle beaucoup de bites. Beaucoup plus que de clitoris, ou même de vulve ou encore de vagin. C’est sûr. Et la masturbation est souvent l’apanage du sexe masculin. Oui, on parle de bites, on les dessine même sur les murs des toilettes et sur les bancs des écoles. Mais parle-en-t-on bien ?

Après avoir discuté avec plusieurs hommes, je me rends compte que peu prennent le temps de réfléchir à leur sexualité. Et ils prennent encore moins le temps d’en parler entre eux. Les discussions sur le sexe tournent autour de la performance, on ne parle pas de ses soucis d’éjaculation et encore moins de bite molle. Par honte, ou par pudeur ? Les garçons ne connaissent au final leur corps qu’à travers des livres de biologie ou des films porno. Sous prétexte que leur organe est externe et porte le stéréotype d’être plus mécanique (stéréotype déconstruit dans cet article très intéressant), ils n’apprennent pas toujours à l’apprivoiser.

Peut-être est-il temps d’essayer de briser les tabous… partout ?

Où voir le documentaire « Mon nom est clitoris » ?

Actuellement :
– Au cinéma Aventure, rue des fripiers 57, dans la Galerie du Centre Bloc 2, 100 Bruxelles

Dans le futur :
– 20 au 26 avril 2020 : A l’expo « Clitoris s’expose » à l’ULB
Et n’oublie pas de suivre le compte insta de ce super documentaire !

Le documentaire est ciscentré, par conséquent le contenu de l’article l’est également. Nous travaillerons également sur des articles non ciscentré !


Article rédigé par Laule

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. casteelea dit :

    Chouette article ! Le premier documentaire qui a changé ma vie et ma perception du plaisir féminin c’est le documentaire, un peu vieillissant mais très pertinent !, « Le clitoris, ce cher inconnu » un film de Stephen Firmin, Variety Moszynski, Michèle Dominici de 2004. Disponible sur YouTube pour qui souhaite un complément d’infos =)

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